mardi 22 janvier 2008

Giordano Bruno ~ martyr de la libre pensée





Giordano Bruno (Nola 1548-Rome 1600), accusé d'hérésie par l'Inquisition, pour ses écrits blasphématoires et sa pratique de la magie, avait été condamné à être brûlé vif au terme de huit années de procès.


Philosophe audacieux, scientifique précurseur, prosateur original féru d'hermétisme et de mnémotechnique, démontra, de manière philosophique, la pertinence d'un univers infini, peuplé d'une quantité innombrable de mondes identiques au nôtre.

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Ses ouvrages exposent notamment une vision cosmographique sublime d'audace, révolutionnaire, quasi visionnaire. Il enfonce la vieille conception toujours régnante du géocentrisme, soutient la représentation copernicienne du monde... tout en la dépassant. En concevant un monde ouvert, Bruno accomplit un saut dans l'Immensité. La force de la logique de son intuition en fait un précurseur de Kepler et de l'astronomie moderne.

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Mais Bruno reste ancré dans son époque, mêlant à ces fulgurances des credo hermétiques, magiques et animistes : la vie anime des planètes soucieuses d'exposer leurs faces au soleil, la matière possède une âme sensible et rationnelle...

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En 1588, après avoir heurter une nouvelle fois encore les autorités religieuses, Giordano Bruno apprend son excommunication. Sa mise au ban rapide l'oblige à prendre la route. Dans l'intervalle, sa production ne faiblit pas, tisonnée par le feu des polémiques et des errances successives.


A l'issue d'une n-ième expulsion, Bruno accepte en août 1591 l'invitation d'un patricien, Giovanni Mocenigo, de venir s'établir à Venise. Ce retour dans une Italie jetée dans le combat contre-réformiste est probablement motivé par l'espoir d'obtenir la chaire de mathématique de l'université de Padoue, vacante depuis 1588. Mais Mocenigo attend de Bruno qu'il lui enseigne la mnémotechnique et l'art d'inventer. Vite déçu, Bruno veut repartir et froisse Mocenigo, déjà heurté par la vie peu orthodoxe du philosophe. Il le retient prisonnier puis le dénonce à l'inquisition, ne parvenant pas à le soumettre.


Le 23 mai 1592, Bruno est arrêté et emprisonné, à présent seul face au Saint-Office.


Au fur et à mesure que le procès durera, l'acte d'accusation ne cessera d'enfler jusqu'à résumer la vie entière d'un esprit à la quête trop librement et orgueilleusement assumée.


En 1593, dix nouveaux chefs d'accusation entraînent Bruno dans sept années d'un procès interminable ponctué par une vingtaine d'interrogatoires menés par le cardinal Bellarmin. On lui administre la torture. Il lui arrive de lâcher du lest, d'esquisser un geste de rétractation... avant de se reprendre. Désireux d'en finir, le pape Clément VIII somme une dernière fois Bruno de se soumettre. L'Entêté réplique :
« Je ne crains rien et je ne rétracte rien, il n'y a rien à rétracter et je ne sais pas ce que j'aurais à rétracter »



pour faire abjurer les accusés d'hérésie, les inquisiteurs les soumettent à la torture


La situation est bloquée. Le 20 janvier 1600, Clément VIII ordonne au tribunal de l'Inquisition de prononcer son jugement. A la lecture de sa condamnation au bûcher, Bruno commente :
« Vous éprouvez sans doute plus de crainte à rendre cette sentence que moi à l'accepter ».

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Le 17 février 1600, sur le bûcher installé sur le Campo Dei Fiori, Giordano Bruno a peut-être tourné son regard vers le ciel, ce ciel qu'il décrivait infini et multiple... désormais voilé par la fumée des flammes qui montent vers lui. Mais les épitaphes les meilleurs sont parfois rédigées par les morts eux-mêmes :

« C'est donc vers l'air que je déploie mes ailes confiantes. Ne craignant nul obstacle, ni de cristal, ni de verre, je fends les cieux, et m'érige à l'infini. Et tandis que de ce globe je m'élève vers d'autres cieux et pénètre au-delà par le champ éthéré, je laisse derrière moi ce que d'autres voient de loin"



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Un point de vue récent du Vatican :

« La condamnation pour hérésie de Bruno, indépendamment du jugement qu'on veuille porter sur la peine capitale qui lui fut imposée, se présente comme pleinement motivée.» Le 3 février 2000, le cardinal Poupard - responsable au Vatican du "pontificam consilium cultura" (qui réhabilita Jan Hus et Galilée) - confirme que Bruno ne sera pas réhabilité tout en déplorant l'usage fait de la force contre lui...


Portrait de G. Bruno,
par lui-même :


« Si vous connaissiez l'auteur, vous lui trouveriez un air égaré ; on dirait qu'il a toujours sous les yeux les supplices de l'enfer : on dirait qu'il a été foulé comme un bonnet de laine ; s'il rit, cet homme-là, c'est pour faire comme tout le monde ; la plupart du temps, vous lui verrez une expression ennuyée, réticente et bizarre : rien ne le satisfait, il est récalcitrant comme un octogénaire, lunatique comme un chien écorché, pleurnichard comme un mangeur d'oignons (...) Cet homme-là et ses pareils, philosophes, poètes et pédants, n'ont pas de plus grande ennemie que la richesse : elle les fuit comme 100 000 diables, tandis qu'ils font d'elle l'objet de leurs dissections intellectuelles (...) De sorte qu'au service de cette canaille, j'ai tellement faim, tellement faim, que si le besoin me prenait de vomir, je ne pourrais rendre que mon dernier souffle ; si je devais faire caca, je ne pourrais chier que mon âme, comme les pendus.»

G. Bruno,




Extrait de l'antiprologue du "Chancelier" (1582),
traduction Yves Hersant. Ed. Belles Lettres, 1993.


Sources :
www.astrofiles.net/
www.publius-historicus.com/
wikipedia.org/wiki/Giordano_bruno




5 commentaires:

Anonyme a dit…

une histoire touchante, passionante et tragique tout à la fois...

Alain a dit…

Très bien fait cet article. Et l'on voit que la bêtise humaine est elle aussi toujours aussi infinie comme l'univers.

Lola a dit…

Il est vrai que cette histoire est tragique...Le parcours courageux de Giordano Bruno m'a beaucoup émue, il était trop en avance sur son temps, son seul crime était d'avoir eu raison trop tôt....oui la bêtise humaine n'a pas de limite, de nos jours encore, les libres penseurs sont incompris et bien souvent rejetés par leurs semblables.

Merci pour vos commentaires.

Lola

Marchand Jean-François a dit…

J'arrive avec retard... 08/10/2016...
Quel merveilleux travail et quel très bel hommage...
J'en suis très ému... Merci / Jeff 70 ans !

Lola a dit…

Bonsoir Jeff,

Mieux vaut tard que jamais ;o)...Merci ! Vraiment très touchée par votre commentaire...Je comprend que vous soyez très ému, je l'ai été moi-même en découvrant la biographie de Giordano Bruno, un esprit très avancé qui avait compris bien des choses avant son temps, envoyé ici bas pour faire évoluer les mentalités et à cette époque, les avant-gardistes le payaient de leur vie ! J'ai toujour eu beaucoup de respect pour ces âmes courageuses...

Au plaisir, Lola